Langue

La langue et l’accent avec lequel on la parle est probablement un des marqueurs de différenciation majeurs entre les Acadiens et les Québécois.

Même si notre langue française provient du même pays où elle s’est fortement normalisée, plusieurs raisons historiques font en sorte que les Acadiens de la Baie-Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse ne parlent pas comme les gens de Moncton ou de ceux de la Péninsule acadienne.

Voyons comment on peut expliquer ces constats. Un quiz vous est ensuite proposé afin de tester vos connaissances.

Bonnes découvertes!

Le français d’Europe et d’Amérique

Pour un locuteur francophone qui ne partage pas cet héritage, il est évident que le français qui a cours aujourd’hui en Amérique appartient à une autre tradition que celle qui a donné naissance aux variétés de Français d’Europe occidentale.

En effet, si les locuteurs du français dans le monde sont unis par une variété de références, le français que l’on enseigne à l’école et qui est l’expression normée de la langue maternelle des Parisiens, force est de constater que les différences entre le français d’Europe occidentale et le français d’Amérique sont profondes et s’expliquent historiquement. Il s’agit même, pour les chercheurs travaillant sur les origines du français en Amérique du Nord, de différences si fondamentales que l’on peut parler de variétés différentes du français langue maternelle.

Cliquez sur chacune des cartes pour découvrir l’origine des différences des Français d’Europe et d’Amérique.

Les traits caractéristiques des Français nord-américains

Les Français d’Amérique se partagent toujours, à l’heure actuelle, un ensemble d’usages qui assurent leur unité. À peu près partout, de part et d’autre du Québec, ainsi que des États-Unis jusqu’aux Antilles, les trois voyelles les plus tendues, soit le i, le u et le ou sont relâchées. Cette absence de tension dans l’articulation est ce qui donne à l’accent nord-américain son cachet caractéristique.

Par exemple (Office québécois de la langue française, 2002) :

Mot Écoutez le son tendu Écoutez le son relâché
infime
jupe
coude

Un autre trait répandu en Amérique est le pronom personnel de la troisième personne du singulier qui se dit i ou a, selon qu’il est masculin ou féminin, devant un verbe commençant par une consonne et i ou alle devant une voyelle.

Exemples Écoutez
i danse (il danse)
a mange (elle mange)
i aime (il aime)
alle aime (elle aime)

On note aussi la suppression du r ou du l en position finale dans des mots comme su’ la tab’ (sur la table), alors que le t final est prononcé dans certains mots comme boute et toute (même dans des contextes masculins).

Certaines locutions ont également cours sur l’ensemble du territoire, comme l’utilisation usuelle être après (en train de). Par exemple : « Je suis après faire la vaisselle », ou encore la tournure ça fait que (c’est pourquoi). Par exemple : « Le spectacle était fini, ça fait qu’on est parti ».

Sur le plan lexical, certains mots sont connus et employés de tous, dont mitaines (moufles), miroir (glace), soulier (chaussure), tanner (ennuyer, agacer), magasiner (faire des courses), etc.

Deux autres phénomènes lexicaux sont aussi évoqués pour illustrer l’originalité des français nord-américains : l’emploi de mots des marins sur terre (amarrer ses souliers, embarquer dans la voiture, gréyer l’arbre de Noël) et les mots d’origine amérindienne (plusieurs villes acadiennes du N.-B. sont nommées par des termes empruntés des langues amérindiennes : Bouctouche, Scoudouc, Kouchibougouac, Memramcook).

L’Acadie des Maritimes

Le français acadien est quant à lui caractérisé par une série de traits linguistiques qui lui sont propres. Il faut d’ailleurs préciser que le français acadien se démarque du français québécois par sa grande hétérogénéité, les accents, les tournures grammaticales et le vocabulaire varient énormément d’une région à l’autre.

Ceci s’explique pour des raisons historiques, la communauté acadienne ayant été fragmentée dès le 18e siècle en autant d’ilots isolés les uns des autres et répartis dans les trois provinces de l’est canadien, soit le Nouveau-Brunswick (où la proportion des locuteurs se déclarant de langue maternelle française s’élève à environ 31% de la population), la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard (qui regroupent chacune 3% des locuteurs de langue française).

Pourcentage de locuteurs se déclarant de langue maternelle française (Recensement de 2016) :

31%

Nouveau-Brunswick

3%

Île-du-Prince-Édouard

3%

Nouvelle-Écosse

Le français au Nouveau-Brunswick

La population de langue française du Nouveau-Brunswick, désormais bien instruite, tend à utiliser une langue de plus en plus standardisée, mais dans le même temps, parfois aussi plus anglicisée, notamment par le biais du chiac, un parler courant à résonnance identitaire, dont la base est acadienne, mais qui est le produit du contact étroit avec l’anglais.

Il faut rappeler ici que les anglophones sont majoritaires dans les trois provinces et dans certaines régions où le français est très minoritaire, ce qui n’a pas manqué d’influencer le français qui y a cours. L’utilisation de mots empruntés à l’anglais fluctue énormément selon la région et les locuteurs, mais il arrive parfois que la part des emprunts à l’anglais soit considérable. C’est le cas surtout dans les milieux urbains; on pourra ainsi entendre, dans la région de Moncton, des phrases telles :

  • Je viendrai back. (Je vais revenir.)
  • C’est right bon. (C’est vraiment bon.)
  • Embarque dans le car. (Monte dans la voiture.)
  • J’irai te driver chez vous. (J’irai te conduire chez toi.)

Parallèlement à ces emprunts à l’anglais se maintient, dans la langue des Acadiens, un certain nombre de traits bien français, mais très anciens. Les traits les plus typiques sur le plan de l’accent sont l’ouïsme, où la voyelle o se prononce parfois en ou. Par exemple : poumme (pomme) ou chouse (chose), et la palatalisation des consonnes k et g et des groupes ti et di qui se transforment dans certains contextes en tch et dj. Par exemples : tchulottes (culottes); djeule (gueule), pitché (pitié) et djab (diable).

Les Acadiens « roulent aussi leurs r », tendance en déclin dans d’autres communautés francophones d’Amérique du Nord. Enfin, dans certaines localités, on note l’emploi divergent des nasales an et on : on entendra saisan (saison) à Saint-Simon (Péninsule acadienne) et donse (danse) à Bouctouche (Sud-Est du Nouveau-Brunswick).

Sur le plan grammatical, un cas souvent évoqué pour illustrer l’originalité de la langue des Acadiens est l’emploi d’un pronom collectif « je » au lieu de « nous », accompagné de la terminaison verbale « -ons », comme dans la phrase Nous-autres, icitte, je pêchions le maquereau. Aujourd’hui disparue au Nouveau-Brunswick, cette caractéristique a toujours cours en Nouvelle-Écosse.

D’autres formes archaïques se maintiennent en Nouvelle-Écosse : l’usage du passé simple formé à partir des verbes du troisième groupe, comme Ils allirent (ils allèrent), notamment, ainsi que la négation en point, comme Tu peux point en avoir, toujours courante dans la région de la Baie Sainte-Marie, mais peu fréquente ailleurs en Nouvelle-Écosse et dans les autres provinces.

Enfin, l’un des principaux traits morphologiques actuels du français acadien est la terminaison verbale en « -ont » et en « -iont », comme la conjugaison au présent ils jouont (ils jouent) et la conjugaison à l’imparfait ils aimiont (ils aimaient), variantes utilisées en alternance avec les formes du standard et qui sont relevées tant en Nouvelle-Écosse qu’au Nouveau-Brunswick et qu’à l’Île-du-Prince-Édouard.

Les dialectes acadiens

Le français acadien possède plus d’un dialecte et chacun d’eux contribuent à la beauté de cette langue. D’abord, définissons le français acadien :

Le français acadien est issu du français parlé par des colons originaires en grande partie du centre-ouest de la France, implanté dans les colonies maritimes de la Nouvelle-France au 17e siècle. Il se parle principalement dans les provinces maritimes, mais aussi dans le Madawaska américain, aux Îles-de-la-Madeleine, sur la côte sud de la Gaspésie et sur la Basse-Côte-Nord. Cette diaspora acadienne fait suite au Grand Dérangement de 1755.

Le chiac

Comme on l’a mentionné précédemment, le chiac est un mélange de mots français et anglais. Il est parlé principalement au Nouveau-Brunswick, notamment à Moncton et ailleurs dans le sud-est de la province. Voici quelques expressions qui le représentent bien :

  • Ej vas tanker mon truck de soir pis ej va le driver. Ça va êt’e right dla fun. (Je vais faire le plein de mon camion ce soir et je vais faire une promenade. Ça va être vraiment plaisant.)
  • Espère-moi su’l’corner, j’traverse le chmin et j’viens right back. (Attends-moi au coin, je traverse la rue, je reviens bientôt.)
  • Zeux ils pensont qu’y ownont le car. (Eux, ils pensent que la voiture leur appartient.)
  • On va amarrer ça d’même pour faire sûr que ça tchenne. (On va l’attacher comme ça pour s’assurer qu’il tienne.)
  • Ça t’tente tu d’aller watcher un movie? (Est-ce que tu as envie d’aller voir un film?)
  • Ej ché pas…so quesque tu va faire dessoir? (Je ne sais pas. Qu’est-ce que tu fais ce soir?)

Le brayon

Notez que d’autres dialectes acadiens mélangent le français et l’anglais, sans pour autant correspondre aux caractéristiques du chiac. Par exemple, les Acadiens du Madawaska (Nord-Ouest du Nouveau-Brunswick), appelés « Brayons » ou « Madawaskayens » intègrent également des mots de ces deux langues dans leur parler. On nomme cette région l’Acadie des Terres et forêts. « L’Acadie des terres et des forêts est un ensemble de régions éloignées de la mer, au N.-B., au Maine et au Québec. » (Wikipédia, Acadie, 2019).

Certains associent l’accent brayon à celle de l’est du Québec. Ceci peut être expliqué par le fait que le Madawaska était lié au Québec dans les années 1850. Il est intéressant de souligner que l’identité brayonne a évolué au fil du temps. Certains la perçoivent comme étant une ethnie à part entière et d’autres les associent à la culture acadienne.

Pour découvrir leur accent, consultez le Brayonnaire. Ce petit dictionnaire brayon a vu le jour en 2014, alors que la communauté d’Edmundston accueillait le Congrès mondial acadien dans sa région. Vous y retrouverez les termes typiquement brayons, ainsi que des expressions brayonnes. Par exemple :

  • Y’a les yeux dans ‘graisse de binnes. (Il a les yeux dans la graisse de fèves aux lards. – Avoir le regard altéré à cause de la fatigue, de l’alcool, etc.)
  • Zip ton coat, t’as toute la falle à l’air! (Ferme ton manteau, tu as la gorge à l’air.)
  • Y’a pris l’champ avec son char neû. (Il a pris le champ avec sa voiture neuve.)
  • J’ai coupé mon lawn hier. (J’ai tondu la pelouse hier.)
  • Mon pére va tinker l’char d’l’aute bôrd, c’est plus cheap. (Mon père va faire le plein du côté américain; c’est moins cher.)
  • Y mouille à boére deboutte! (Il pleut à boire debout.)

Le français acadien en vidéo

Les vidéos suivantes dressent un portrait des différentes couleurs qui composent le français acadien (Nouveau-Brunswick, Nouvelle-Écosse, Louisiane) et le français canadien (Ontario et Québec).

Pour aller plus loin

Pour en connaître davantage sur les accents acadiens, consultez les sites suivants :

  • Le français à la mesure d’un continent : écoutez la richesse du français canadien en cliquant sur les extraits sonores présentés au bas de la page ce site. On peut y écouter les accents de Caraquet (N.-B.), Moncton (N.-B.) et autres.
  • Découvrez le site CyberAcadie et sa section portant sur le français acadien (dialecte) – Partie 1 et Partie 2.
  • Bouchure, noucle, cotchiner et bailler sont-ils des mots qui vous sont familiers? Sinon, visionnez le vox pop animé par Nathan Dimitrof, Connaissez-vous vos mots acadiens?, (l’ONFR+, 2016) pour parfaire vos connaissances des mots acadiens.
  • Le documentaire de Michel Breault, Éloge du Chiac, est présenté par l’ONF. Ce film montre les difficultés des francophones pour sauvegarder leur langue dans une société où l’anglais prime partout depuis des siècles. Une réalité toujours actuelle.
  •  Explorez le Glossaire acadien de Pascal Poirier pour approfondir vos connaissances.

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